point de vue : Stephane Gatignon et la politique de la ville
Depuis 2005, la situation s'est dégradée. Le décrochage des quartiers dits « sensibles » s'est confirmé. La ghettoïsation n'est plus un risque, mais une réalité. Tout comme la fragmentation des territoires, le développement des uns au détriment des autres, du centre contre la périphérie... La France est plus que jamais la championne d'Europe des inégalités de richesse entre collectivités locales. Comment imaginer que cela reste sans conséquence ? Combien de nouvelles émeutes faudra-t-il pour que l'Etat réagisse ?
La politique de la ville souffre d'un mal congénital : elle est vue uniquement comme un simple instrument de réparation. Un pansement, ou une rustine si vous voulez. Une autre logique doit émerger. Elle devrait au contraire être perçue comme un instrument de promotion de la ville : une politique « pour » la ville, enfin! Il n'est pas question de favoriser certains quartiers, mais bien de les réintégrer dans le droit commun de la République. C'est cela, la lutte contre la ghettoïsation !
Tout le montre aujourd'hui : la ville va être l'acteur majeur de notre vie désormais. C'est dans les villes que se concentre en 2008 la moitié de la population, et ça ne fait qu'augmenter. C'est dans les villes que se retrouveront 5,3 milliards d'habitants de la planète en 2050 ! Et c'est donc d'abord dans les villes que vont apparaître les fractures sociales, politiques et environnementales de demain, si elles ne sont pas déjà apparues.
On en voit les prémisses, dès maintenant. Pendant que les ghettos s'enfoncent, on construit des « éco-quartiers » sans voiture et dotés de bâtiments « verts » respectueux des normes HQE, sans lier leur développement au reste de la ville ! Résultat, on se retrouve avec un isoloir, qui oblige à garer sa voiture dans le quartier d'à côté, à laisser ses poubelles dans le quartier d'à côté, à faire ses courses dans le quartier d'à côté.... dans tout cela, les conditions de vie et de ville sont oubliées ! En Amérique, ça fait déjà une bonne décennie que l'on construit des ghettos -souvent-de riches, fermés au public et gardés par des agents de sécurité armés jusqu'aux dents. Et évidemment sans aucune cohérence avec le milieu naturel et urbain. C'est la fin de la ville!
Pour l'éviter, nous avons besoin de penser la ville dans sa globalité. Il faut pour cela envisager le développement urbain et métropolitain dans un rayon large et à long terme. Il faut penser le rapport à la nature, à l'industrie, aux nouveaux centres. Et s'attacher enfin à une meilleure répartition des richesses, plus juste et efficace.
Au cœur de la relance, du Grand Paris, de la santé comme de toute autre politique, il y a la ville. On ferait mieux de ne pas l'oublier désormais. Dans le cas inverse, on se préparerait à vivre des désordres bien pires que la crise actuelle, alors que se profilent des flux migratoires gigantesques et la fin probable de la planète. Rien que ça !
Alors que faire pour que ça aille mieux? Vous le saurez dans le prochain épisode...
source : site internet de stéphane gatignon