En Seine-Saint-Denis, l'état, c'est Meddah
Il est fier de sa « diversité ». Comprendre professionnelle, mais surtout pas ethnique. Nasser Meddah deviendra lundi préfet de Seine-Saint-Denis. Et ainsi le premier préfet francilien issu d'une « minorité visible ». « Que du très banal », feint-il ...
Il est fier de sa « diversité ». Comprendre professionnelle, mais surtout pas ethnique. Nasser Meddah deviendra lundi préfet de Seine-Saint-Denis. Et ainsi le premier préfet francilien issu d'une « minorité visible ». « Que du très banal », feint-il de croire avant de reconnaître, du bout des lèvres, « la charge symbolique » de sa nomination. L'aboutissement d'une carrière brillante dans les plus grands corps de l'Etat. « Au service de l'intérêt public, ma seule boussole », répète de façon incantatoire cet exemple parfait du creuset républicain.
Pupille de la nation d'origine kabyle, Nasser Meddah vit « une enfance ordinaire en milieu ouvrier » dans la banlieue d'Arras (Pas-de-Calais). Sa mère fait des ménages pour nourrir ses trois enfants, « aidée par la subvention du service des pupilles ». L'Etat, déjà. Excellent élève, il entre en classe prépa « sans trop savoir pourquoi ». Puis, on lui conseille les concours administratifs qu'il prépare tout en étant pion dans un internat. Major de l'examen pour devenir attaché, il rejoint le ministère de la Défense. Nasser Meddah, qui n'est pas passé par la case grande école, va ensuite enchaîner un parcours sans faille à travers les plus hautes administrations : le Trésor, l'ambassade à Madrid, les Affaires européennes, la Cour des comptes sous Philippe Seguin, « autre pupille ».
En 2006, il est nommé préfet de l'Aube, puis devient conseiller du coordinateur du renseignement à l'Elysée. « A 50 ans, j'avais le choix : soit je profitais de ma réussite sociale, soit je prenais des risques. » Va pour la deuxième option. « La Seine-Saint-Denis est un grand département avec plein de défis. » Il a beau avoir « intégré les codes des élites », la signification est claire : il voulait du terrain, il va en avoir. Il promet d'ailleurs de se dégager trois demi-journées par semaine pour s'y rendre « en plus des figures imposées de représentation ». Et « assume, sans le porter en bandoulière », le fait de vouloir participer à sa manière à la banalisation d'une intégration réussie. « Je déteste les fonctionnaires qui fonctionnent. Il faut apporter un supplément d'âme. » Cela ne l'empêche pas, lui qui avoue un penchant pour la littérature de science-fiction, David Bowie, la new wave et qui ne crache pas sur le punk - « ça va décoiffer à la préfecture » -, de tout miser sur la compétence. Et de se réjouir : « Préfet, ça m'a toujours attiré, c'est lui qui remettait des prix à l'école. » ;