Benguigui déballe les archives du 93

Publié le par noureddine elkarati

Benguigui déballe les archives du 93
Le film de la réalisatrice d'origine algérienne retrace l'histoire de ce territoire, ce soir, sur Canal +.


DIDIER ARNAUD






Le 93 comme on ne l'a jamais vu. 9/3, Mémoire d'un territoire, présenté sur Canal + ce soir (à 20 h 50) a germé dans la tête de Yamina Benguigui, un soir où elle présentait le Plafond de verre, un documentaire sur la discrimination dont sont victimes les Français d'origine étrangère. C'était pendant les émeutes de 2005. Des CRS sont entrés dans la salle du cinéma parisien pour arrêter un jeune homme. Yasmina n'a pas vu son visage, juste entendu son cri. Un cri en arabe, suivi de «93». Ça voulait dire : «Vive le 93, on existe et on mourra pour cette terre.» L'attachement à la terre. C'est sous cet angle que Benguigui a choisi de montrer la Seine-Saint-Denis. 93, elle le signale, c'est l'ancien numéro du département de Constantine, en Algérie française. Un territoire, sa mémoire.

La réalisatrice a déniché des images d'archives. Celles d'ouvriers en noir et blanc au moment de l'industrialisation. C'est le côté «temps modernes» du lieu. Benguigui nous donne à voir des quartiers qui puent, des bâtiments tout noirs. «Ça sent Aubervilliers», disaient les gens. «On fabriquait des peignes avec des os d'animaux», raconte une dame. «Même quand ils ne travaillaient pas, ils sentaient l'odeur de l'usine.»

En 1945, la situation du logement est catastrophique. On construit vite de l'habitat social. Les autres municipalités ne veulent pas de ce type d'implantation :28 cités sur 36 vont atterrir en Seine-Saint-Denis. On voit alors, merveilleuse séquence, les architectes expliquer leur démarche. L'un raconte comment «c'était impossible de le faire avec de la qualité». «Quand on fait des cochonneries, il faut entretenir.» Pierre Sudreau, ministre de la Construction à partir de 1958 : «On n'a pas contrôlé le dérapage après 1965.» L'architecte Emile Aillaud commentant ses constructions : «On n'a pas voulu donner aux gens le sentiment d'être préfabriqués.» Et, finalement, cette phrase : «Personnellement, je ne crois pas à ces grands bâtiments où les uns et les autres sont gais.»

Ceinture rouge. Benguigui suit l'histoire pas à pas. En 1962, les plus pauvres des réfugiés arrivent à la Courneuve. Plus tard, un million d'Antillais sont déplacés dans le cadre du Bumidom (bureau de main-d'œuvre de l'Outre-mer) et la plupart se rendent aussi à La Courneuve. Le redécoupage de 1964 en fait un département, «le plus grand possible». «Pour y coller les pauvres, les industries, les communistes, c'est ça le 93», résume un historien. Jusque dans les années 1950, il n'y a pas de lycée ni de collège. «La seule voie pour un fils d'ouvrier, c'est de prendre le train pour aller dans un lycée parisien», dit le commentaire. Vient la désindustrialisation, voulue, selon Benguigui, pour éloigner la menace que représentent les ouvriers : «La ceinture rouge est très surveillée.» Il y a dans le film des témoignages émouvants de fils d'ouvriers racontant leurs pères, qui travaillaient dans des conditions déplorables et n'étaient rien d'autre qu'une toux lorsqu'ils rentraient le soir.«T'es bien payé, tu rentres au pays, tu meurs»,dit ce Malien.

Sparadrap. Ce que montre le film plus qu'il ne le démontre, c'est cette forme de malédiction attachée au territoire. Elle colle au doigt comme le sparadrap. Ainsi, l'architecte Roland Castro explique : «Le département s'est retrouvé laboratoire de toutes les expériences. On a l'impression que l'Etat s'habitue à faire mal.» Un responsable universitaire de Bobigny rappelle : «Ce territoire empêche l'épanouissement des ambitions de nos étudiants.» Un étudiant confirme : «Mon frère, il a mis 94 [au lieu de 93], et comme adresse Vincennes pour trouver du boulot.»

Le film raconte aussi l'empathie qui peut lier les gens au 93. «On en rêve même quand on déménage», dit cette avocate rentrée des Etats-Unis : «Des filles comme moi, il serait bien de revenir et de montrer qu'on peut réussir.» Elle est installée dans un garage. Dans son cabinet ses collègues sont comme elle : d'origine étrangère.
source :libération

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bonjour <br /> j'ai trouvé sur un site algérien un bon résumé du film de yamina benguigui -bonne lecture noureddine elkarati<br /> <br /> 9/3 Mémoire d’un territoire de Yamina Benguigui <br /> <br /> "Acte 1 : Cette partie du département de la Seine est un lieu de villégiature jusque dans les années 50. Parallèlement son industrialisation commencée à la moitié du XIXè siècle s’accélère. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat réorganise l’Ile-de-France. En 1964, une loi partage les deux anciens départements en sept nouveaux, la Seine-Saint-Denis, 93, est née. Le début des années 60 est le premier nœud de cette histoire. <br /> <br /> Acte 2 : La désindustrialisation et le départ des classes moyennes ouvrent la place à une population d’immigrés. Les crises économiques qui se succèdent marquent le départ progressif des industries. A cette époque, les grands ensembles sont considérés comme inadaptés alors qu’une nouvelle génération naît sur ce territoire. <br /> <br /> Acte 3 : La chronique d’un ghetto annoncée à travers les problématiques de l’emploi, de l’école et du logement. De nouveaux pôles technologiques s’installent sans promesse d’emploi pour la population locale." <br /> <br /> <br /> <br /> 1ère diff. : 29 septembre 2008 à 20h50 sur Canal Plus, 29/09 à 22h25 sur Canal+ décalé, 30/09 à 20h50 sur Canal+ décalé, 2 octobre à 10h sur Canal+ décalé, 5/10 à 01h20 sur Canal+ décalé, 6/10 à 20h sur Canal Horizons
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