une ancienne pratique en Seine-Saint-denis : la culture maraîchère
LES MARAÎCHERS
Ils ont creusé leur sillon
En lisant cet été le livre de Guy MARTIGNON (la Seine -Saint-Denis,hier et autrefois ,edi sides ,1998),j'ai été surpris ,par l'importance de la culture maraichère ,dans la Seine-Saint-Denis du pasé .Ce premier article comble une lacune ,mais nous reviendrons sur l'histoire des maraichers ,dans une prochaine étude .
noureddine elkarati
source de l'article: site du conseil général
Anciens jardiniers des marais parisiens d’où ils tirent leur nom, les maraîchers s’installent en banlieue, au milieu du XIXe siècle, et se consacrent au ravitaillement en légumes de la capitale.
noureddine elkarati
source de l'article: site du conseil général
Anciens jardiniers des marais parisiens d’où ils tirent leur nom, les maraîchers s’installent en banlieue, au milieu du XIXe siècle, et se consacrent au ravitaillement en légumes de la capitale.
Le cœur serré et le bagage mince, Marie Pellan quitte son bourg natal de Broons dans les Côtes du Nord, en 1920, à 20 ans pour monter à Paris chercher du travail et avec le secret espoir de trouver un mari. Elle s’installe à Saint-Denis où le plus glorieux fils de Broons, Bertrand du Guesclin dit le Connétable, l’a précédée et repose désormais en paix aux côtés des rois de France. Rencontre improbable entre une jeune femme qui deviendra bientôt maraîchère et un compagnon du roi de France.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la crise du logement frappe Paris et sa banlieue. Entre 1921 et 1946, la population de banlieue augmente de 500 000 habitants avec une phase de croissance forte jusqu’en 1931. C’est à cette époque que se développent les lotissements populaires : entre 1901 et 1926, Le Blanc-Mesnil s’accroît de 4 999 %, Drancy de 2 420 %, Aulnay-sous-Bois de 665 %. Ces milliers de nouveaux propriétaires vont vite déchanter. Si certains lotissements portent des noms enchanteurs (l’Avenir de Bobigny, la Renaissance, le Rêve familial, le Nouveau Village…), la réalité est tout autre. On patauge dans la gadoue et les baraquements ne présentent pas le moindre confort. Dans la plupart des cas, les lotisseurs mentent en promettant, dans leur publicité, que les rues seront réalisées à leur frais et que seront installés l’eau, le gaz et l’électricité. René Gast pouvait alors écrire : « Il y a eu beaucoup de mauvais lotisseurs qui se sont jetés sur le commerce des terrains comme tant d’autres sur le commerce des bas de soie ou des conserves de lapins d’Australie et qui auraient vendu indifféremment n’importe quoi. »
Bobigny, premier centre maraîcher
Au milieu du XIXe siècle, les communes limitrophes de Paris sont annexées et les maraîchers parisiens, menacés par la spéculation et les lotissements, se rabattent sur des terrains libres pas trop loin de la capitale et entrent en concurrence avec les cultivateurs. Aux champs de céréales se substituent peu à peu les cultures légumières intensives. À Bobigny, la première initiative de lotissement de terrains revient, dès 1856, à la famille des Delley de Blancmesnil. Au fil des années, jardiniers et maraîchers vont chercher à s’installer dans des espaces où ils pourront développer leur activité, le maraîchage en clos. Les parcelles vendues aux maraîchers, selon les termes des contrats, doivent être encloses de murs et séparées du voisin. En 1929, la ville de Bobigny est de loin le premier centre avec 140 maraîchers, Stains en compte 47, Saint-Denis 20, Aubervilliers 36.
Aujourd’hui René Kersanté (66 ans), petit-fils de Marie Pellan, est le dernier maraîcher de Saint-Denis. Sa grand-mère, après avoir travaillé chez des maraîchers bretons, décide de se mettre rapidement à son compte et loue un terrain au 114 avenue de Stalingrad, une superficie bien plus petite que celle qu’exploite aujourd’hui encore son petit-fils. Un mari gazé pendant la guerre, dans l’incapacité de travailler, trois jeunes enfants mis en nourrice en Bretagne, Marie devient la « patronne » de l’exploitation. Elle mène son monde sur le terrain et ne manque jamais les Halles à Paris. Toutes les nuits, des milliers de tonnes de marchandises convergent sur la capitale, venant de province ou de la Région parisienne. Selon un ordre bien établi, les victuailles arrivent et sont déchargées : les légumes à partir de 21h, puis le poisson, la viande, la volaille et les B.O.F (beurre, œuf, fromage). Les fruits et les légumes sont partout et surtout sur le carreau, c’est-à-dire sur le trottoir.
À 44 ans, Marie Pellan décide de mettre un terme à son activité débordante mais aussi harassante, et retourne en Bretagne, « fortune faite », comme dit René Kersanté. C’est sa fille, la maman de René, qui prendra la suite de l’exploitation.
Le dernier des Mohicans de Saint-Denis !
C’est à un jet de radis du clos Saint-Lazare, en face de ces immeubles aux façades roses et bleues, que René Kersanté est né, dans la maison qu’occupa sa grand-mère. Bâti en 1854, l’immeuble a fait l’objet de réfections, et Marie Pellan lui a fait ajouter un étage. C’est un intérieur coquet et entièrement refait qui, désormais, accueille visiteurs et amis. Dans la cour gardée par deux chiens, on peut apercevoir des tracteurs et un engin capable de repiquer 12 000 plants de salades à l’heure. En 1956, menacé d’expropriation, le père ne cède pas aux pressions des promoteurs. Et, pour assurer ses arrières, achète un terrain à Montsoult-Maffliers, sur la route de Beauvais. « Moi-même, il y a 34 ans, raconte René Kersanté, ne sachant pas ce qu’on allait devenir, j’ai trouvé des terrains à côté de Méru. Mais on n’a jamais lâché ici ! Saint-Denis, c’est la maisonmère. » Côté promoteurs, l’inquiétude est retombée depuis que la ville de Saint-Denis a racheté son terrain, il y a une vingtaine d’années. C’est en toute sérénité que sont cultivés laitues, romaines, batavias, feuilles de chêne, radis, oignons blancs et fines herbes… Il y a quelques années, il a même cédé quelques hectares à la ville pour la réalisation de jardins familiaux et un jardin d’insertion a vu le jour. Figure locale, René Kersanté, ne manque pas les Journées du patrimoine où il peut faire largement étalage de ses produits et de son amour du métier. Connu comme le loup blanc à Saint- Denis, il est présent sur son marché ainsi que sur celui de Stains. Il est LE maraîcher de Saint-Denis et non pas un maraîcher à Saint- Denis ! Amateur de Brassens, il n’est pas prêt d’oublier les paroles de cette chanson :
Pour gagner le pain de sa vie,
De l’aurore jusqu’au couchant
Il s’en allait bêcher la terre
En tous les lieux, par tous les temps !
Pauvre Martin, pauvre misère
Creuse la terre, creuse le temps !
« Travailler pour vivre et ne pas vivre pour travailler », telle est la règle de conduite que s’est toujours fixée René Kersanté. Alors, longue vie au dernier des Mohicans de Saint-Denis !
Claude Bardavid
C’est la faute à Paris !
En 1908, l’abbé Ferret dans une brochure « Bobigny, son passé, ses cultivateurs » tente d’expliquer l’afflux de nouveaux arrivants, – venant en particulier du Morvan :
« La faute en est à Paris qui s’agrandit, entame insensiblement les champs de culture ; à Paris, dont la consommation de bouche augmente avec la population. Pour satisfaire sa gloutonnerie de plus en plus insatiable, il fallait produire plus que le rendement ordinaire de la pleine terre, attendant du ciel son eau d’arrosage, empêchée, retardée dans sa production par les intempéries, il fallait un art nouveau de culture, de culture intensive. Cet art nouveau s’est implanté dans notre commune depuis une quarantaine d’années, importé par de nouveaux venus, qu’on appelle maraîchers. C’est la Bourgogne qui les a fournis. »
À visiter
• L’Écomusée de La Courneuve Le Musée des cultures légumières est situé dans une Maison de culture restaurée et rétablie dans toutes ses fonctions domestiques et de travail. On peut y voir des centaines d’objets et d’outils de culture collectés dans la plaine des Vertus (Aubervilliers-La Courneuve). 11 rue de l’Abreuvoir 93120 La Courneuve
• Stains Rue d’Amiens, on peut apercevoir plusieurs citernes, des réservoirs disposés en hauteur pour recevoir les eaux de pluie.
À lire
• Seine-Saint-Denis Le guide Éd. L’Archipel
• Chroniques balbyniennes Ville de Bobigny
• Jardinages en Région parisienne XVII e-XX e siècles Sous la direction de Jean-Paul Trochet, Jean-Jacques Péru, Jean-Michel Roy. Éd. Créaphis
• Je me souviens des Halles Josette Colin. Éd. Parigramme
• Mémoire en Images Bobigny Pascale Wiesner et Daniel Fontenaud. Éd. Alan Sutton
• La Banlieue en morceaux Annie Fourcaut. Éd. Créaphis
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