politique de la ville : le point de vue de claude dilain
Ghettos français
Il faut entendre le cri d'alarme que lance Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un de ces élus en première ligne dans la crise sociale et urbaine : "Nous sommes revenus à la situation d'avant 2005", s'inquiète-t-il, faisant référence aux trois semaines d'émeutes qui avaient frappé le pays, il y a quatre ans, après le décès de deux adolescents originaires de sa commune.
Le difficile combat des élus de banlieue pour obtenir des moyens supplémentaires
Car les quartiers "sensibles", selon la terminologie officielle, continuent d'être relégués et leurs habitants frappés par le chômage et la pauvreté. La crise actuelle n'a évidemment pas aidé. Mais il serait erroné de penser que la conjoncture économique explique l'ampleur des difficultés.
Si les banlieues vont mal, c'est parce qu'elles sont victimes de l'accumulation, depuis des décennies, d'inégalités de toute nature, sociales, économiques, urbaines ou scolaires. C'est aussi, comme le montre le rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), rendu public lundi 30 novembre, parce que les pouvoirs publics n'ont pas réussi à inventer les politiques permettant de rattraper les retards. Qu'il s'agisse du taux de chômage, de la pauvreté ou du niveau de formation, les quartiers sensibles, soit 4,5 millions d'habitants, demeurent des territoires à part au sein de la République.
La sortie de crise, si elle se confirme, ne suffira pas. L'expérience montre même que les périodes de reprise peuvent être plus difficiles pour les quartiers sensibles, moins préparés, moins attractifs, et pour leurs habitants, en dernière place dans la file d'attente du marché de l'emploi.
C'est dans ces périodes, paradoxalement, que les écarts entre les territoires risquent de se creuser, entre ceux qui végètent et ceux qui rebondissent vite. Dans ces périodes, aussi, que le gouvernement, rassuré quant aux risques d'explosion sociale, peut être tenté de réduire les moyens, déjà limités, consacrés à la politique de la ville pour les redéployer sur d'autres priorités. Or c'est l'inverse qu'il faudrait faire. En effet, le potentiel de colère ne s'est pas réduit, et il ne faut pas sous-estimer la frustration de ceux qui se sentiraient exclus de la "sortie de crise".
Sauf à renier quelques-unes des valeurs qui fondent son identité "nationale" - celle-là même que le gouvernement veut promouvoir -, la France ne peut tolérer que subsistent autant de quartiers qui sont devenus de véritables ghettos. Ou alors il faudra accepter de vivre avec le spectre permanent de nouvelles crises urbaines, prévient Claude dilain
source :le monde