Drogue: au coeur du trafic, à Stains, élus et éducateurs ne baissent pas les bras

Publié le par noureddine elkarati

De Luc OLINGA (AFP) –

 

STAINS, Seine-Saint-Denis — Les uns arpentent les immeubles pour avertir des dangers de la drogue. Les autres oeuvrent pour désenclaver le quartier. Au Clos-Saint-Lazare, cité historique de trafic, au nord de Paris, éducateurs et élus ne baissent pas les bras contre les dealers.

Deux ans et demi après une guerre des dealers, qui avait fait trois morts entre mars et mai 2007 dans cette cité-ghetto de la ville de Stains (Seine-Saint-Denis), la municipalité multiplie les projets de rénovation urbaine pour réintégrer ce quartier ultra sensible au reste de la ville.

Une opération de 160 millions d'euros est en cours. Elle consiste à démolir ces grands ensembles de béton, construits dans les années 60 pour loger la main d'oeuvre étrangère, où vit près d'un quart de la population de la ville (9.000 sur 35.000). Et à les remplacer par des logements plus chaleureux.

Cet effort mobilise les énergies les plus diverses... et les plus surprenantes, comme l'Eglise de Scientologie, menacée de dissolution par la justice pour escroquerie en bande organisée.

"Nous voulons remplir le vide sur la drogue", explique Agnès Bon, porte-parole de l'association "Non à la drogue, Oui à la vie", affiliée à l'Eglise de Scientologie. "Nous sommes là pour faire de la prévention auprès des parents. Nous leur proposons un kit composé d'un manuel d'éducation, des livrets et des brochures sur les drogues. On n'est pas là pour juger".

Le maire communiste Michel Beaumale affirme ne pas connaître les membres de cette association: "on ne les connaît pas, ils ne sont pas enregistrés à la mairie".

"C'est complexe car le Clos cumule beaucoup de difficultés sociales", explique-t-il : "il y a de la délinquance et la drogue". A Stains, plus de la moitié des habitants gagnent l'équivalent du Smic et près de 40% ont moins de 25 ans.

Rue Charles Péguy, la grue des démolisseurs terrasse l'un après l'autre les immeubles, laissant derrière elle des amas de béton. De nouvelles rues ont surgi. Des arbres ont été plantés. Un large espace culturel, la Maison du Temps libre, vient d'ouvrir ses portes. Mais le toilettage est progressif.

Même si les habitants de la cité, où se côtoient entre 60 et 100 nationalités, louent cette transformation, beaucoup doutent qu'elle mette fin au trafic de la drogue.

"Les dealers font vivre des familles entières. Il y a une économie souterraine. Cela ne va pas disparaître", affirme Imani.

"Il faut payer le loyer, se nourrir, donc certaines familles ferment les yeux sur des sources de revenus qui ne sont pas légales", concède M. Beaumale.

D'après l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), un semi-grossiste de cannabis gagne entre 250.000 et 550.000 euros par an, tandis qu'un revendeur perçoit entre 35.000 et 77.000 euros. Les petits dealers de rue, les plus nombreux, touchent quant à eux 10.000 euros par an.

"Dans pas longtemps j'aurai un petit, je n'ai pas envie qu'il grandisse dans cet environnement", confie Bruno, 26 ans, agent communal.

Devant le bureau local de l'Office public de l'Habitat de Seine-Saint-Denis, Yves, gardien d'un des immeubles, préfère ironiser. "Il y a du ménage à faire. On ne fait que déplacer le problème". Il explique que les dealers font principalement leur trafic dans les halls des immeubles et au McDo du quartier.

Malgré ces obstacles, éducateurs et animateurs sociaux, qui interviennent au Clos, ne désespèrent pas. "Notre travail n'est pas d'empêcher le trafic de drogue mais d'éviter aux plus jeunes de se laisser entraîner dans la délinquance", s'encourage un éducateur de l'association ADSEA.

Les adolescents de 8 à 11 ans sont recrutés par les dealers comme "guetteurs", explique Sophie, une gardienne. Ils sont postés aux coins des immeubles munis souvent de talkie-walkies.
source: afp

Publicité

Publié dans geographie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article