Paul Claval et la Seine-Saint-Denis

Publié le par noureddine elkarati

 



  PAUL CLAVAL ET LA SEINE SAINT DENIS




 

 

L’homme est grand, plutôt imposant et sérieux.
Avec ce collier de barbe et ces fines lunettes (qu’il a ôtées pour la photo), il fait “prof”. C’est du reste son métier. À l’écouter parler, une élocution claire, un rythme maîtrisé, des mots choisis, l’on sent qu’il aime enseigner, exposer et convaincre. Les références fusent, les sous-entendus également. Paul Claval, né en 1932, connaît trop bien la “machine” universitaire et ses “chers collègues” pour ne pas, de temps à autre, préférer l’ironie et la dérision.
Son parcours le satisfait, il fait ce qu’il veut, et ce qu’il veut correspond à ses attentes : construire une géohistoire culturelle, qui viendrait renouveler la recherche et qui pourrait influencer les aménageurs des territoires et des paysages de notre quotidien urbain. Il sait que toute innovation réclame du temps, des connivences, du travail. Beaucoup de travail. Mais celui-ci ne pèse pas de la même manière lorsqu’il est contraint ou choisi et Paul Claval décide de ses thèmes d’études. De livres en livres (sa bibliographie est impressionnante et ses sujets sont particulièrement variés), il poursuit ses réflexions épistémologiques tout en découvrant de nouveaux horizons. Une géographie du promeneur ? Non, une géographie comme une promenade savante, plus précisément. Comme un élément de sa culture, sa façon d’être aux autres et au monde.
par Thierry Paquot

 

 

Paul Claval nous accordé un entretien pour notre blog le 13 juin 2008, avec pour sujet de discussion « la seine –saint –denis » . Paul Claval réside dans le Val d’Oise ,dans un département dont il souligne le  dichotomie entre des espaces ruraux (par exemple le Vexin )et des zones urbaines (par exemple autour de Cergy –Pontoise ).Rien à voir donc avec le département de  Seine Saint Denis qui est  entièrement urbanisé ,mais c’est un espace urbain et social  dont il suit l’évolution. Il a remarqué récemment au cours d’un déplacement à Bobigny ,la « très bonne intégration des Maghrébins » ,lors d’un échange d’idées avec des jeunes femmes algériennes .Au fond : «  la vie sociale qu’évoque ces jeunes femmes est celle des familles Françaises » . Le professeur Claval pense que la société Française a intégré les Maghrébins qui sont nombreux dans le département, par contre les Africains  se sont implantés  récemment en France et en  Seine Saint Denis , leurs acculturations à la société urbaine posent des problèmes ,en particulier avec les jeunes ,comme on l’on l’a vu lors des « émeutes urbaines de 2005 » .

Au fond ,Paul Claval pense que ce département est pilote par son peuplement et sa culture urbaine ,aussi bien comme exemple sur le plan politique de ce qu’il faut faire en France ,ou de ce qu’il ne faut pas faire . Il est néanmoins d’accord avec l’idée que c’est par la marge que se construit le nouveau monde, et en  ce domaine la Seine Saint Denis est précurseur.

Concernant le dossier du Grand Paris ,il souligne que le département comme concept est une forte réalité en Province ,mais le département de Seine –Saint –Denis est jeune (1964) .Il ne se prononce pas  sur la suppression du département et la création du Grand Paris ,mais il pense que Paris et certains départements accaparent la fiscalité et les richesses  ,et qu’en ce  domaine un rééquilibrage est à construire ,il note par ailleurs une certaine tension entre Paris et le reste des départements. La partie centrale de l’agglomération parisienne domine les zones périphériques, sur le plan de la construction des équipements et de la centralité urbaine .

 

Mais pour se développer la Seine –Saint –Denis doit s’auto –analyser ,en particulier Paul Claval s’est attardé sur les faits de représentions : « l faut étudier les phénomènes d’images et la stratégie des acteurs » .La question de l’identité de la Seine Saint Denis intéresse beaucoup le professeur Paul Claval ,mais il note : « depuis la construction du Stade de France : l’image du département a beaucoup changé ,et la mixité sociale se développe dans les villes de Seine « Saint –Denis ,comme on le voit à Saint –Denis et dans les communes riveraines de Paris » . Paul Claval nous invite  à faire une géographie des représentations (géographie behavioriste) du département.

Historiquement c’est Jean Bastié dans les années soixante qui a produit avec  sa thèse monumentale sur la croissance de la région parisienne, des idées sur la banlieue   ,mais sa zone d’étude était la banlieue sud,par  contre la banlieue nord a été très bien analysé dans un petit livre de René Clozier publié en 1940 dont le titre est « la Gare du Nord »  dont Paul Claval conseille la lecture .Il faut attendre la fin des années soixante pour voir un intérêt  pour la banlieue Nord de la part des élèves de Pierre  George et Michel  Rochefort .

Tout en remerciant Paul Claval dont la gentillesse n’a d’égale que sa vaste culture  ,nous soulignons que notre prochain entretien aura lieu en septembre  avec Félix Damette, qui connaît très bien l’économie de la Seine –Saint –Denis .

 

Noureddine Elkarati 27 juillet 2008

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Publié dans geographie

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