l'immigration algérienne en seine-saint denis

Publié le par noureddine elkarati

NOUS PUBLIONS LA CONCLUSION DE MON DOCTORAT SUR LES ALGERIENS DE SEINE  SAINT DENIS .L'immigration algérienne est la plus la plus nombreuse et la plus ancienne des immigrations étrangéres contempraines dans le département . Cet article est la conclusion de ma thése :la constitution de la population algérienne du département de seine -saint -denis (1921-1999) ,etude de géographie historique
bonne lecture à tous , si vous voulez lire l'intégralité de la thése  ,contactez moi ou 01 48 60 61 05 ou commander le l'ouvrage à l'atelier de reproduction deS théses de Lille .
noureddine elkarati ,président de l'obsrevatoire de seine -saint -denis

L’immigration algérienne est l’une  plus ancienne en France des immigrations contemporaines. L’objectif  de cette étude  a été d’analyser les profondeurs historiques et géographiques de ce fait d’implantation dans le département de Seine –saint –Denis .Pourtant les sciences sociales , en particulier la sociologie,raisonnent  trop souvent comme si les immigrés étaient  venus en France après 1974 ,date de l’arrêt officiel de l’immigration .En outre la prolétarisation des grands- ensembles serait la conséquence d’une immigration récente , qui s’est substituée aux immigrations européennes .

Cette sociologie urbaine n’appréhende l’immigré qu’à l’entrée dans le HLM ,comme si le travailleur étranger n’avait pas d’histoire , ni un vécu social psychique et culturel en France. Dans cette idéologie ,qui est alimentée pour une grande part par les commandes de contrats de recherche de la part de l’Etat ,l’espace urbain et sa « crise » serait l’histoire double de l’immigré. La confusion entre problème social (ou question sociale ) et problème spatiale est entretenue  par les idéologues de la politique de la ville . On a peu explicité le rapport entre la question sociale  et le territoire .Est ce que ce sont les formes urbaines qui engendrent  la crise sociale ?

Dans cette dimension le géographe est mal à l’aise, surtout quand il doit dénoncer la fausseté de l’argument consistant à analyser la question sociale à partir des lieux. Car aujourd’hui la question sociale est  abordée essentiellement à partir d’une lecture  topologique. Il y a dans la  pensée  dominante l’idée selon laquelle on pourrait connaître un phénomène dès lors qu’on est capable de le circonscrire à certains territoires. Comment ne pas dénoncer cette géographie du « mal –être »  ,qui ne voit l’immigré que comme un homo un éternel exploité , en fait un travailleur immigré .C’est contre cette tendance que s’est insurgée la nouvelle géographie invitant à l’étude de ce que A Bailly appelle « la géographie du bien -être » ,en utilisant toute la profondeur d’une géographie culturelle historique de type humaniste. Comment faire la géographie du bonheur des immigrés algériens quant ceux- ci entrèrent en masse dans les HLM au milieu des années soixante ?. On  continue à ne pas penser les immigrés ,en particulier les Algériens comme des acteurs d’historicité .En fait ,les Algériens  ne sont pas des immigrés ou des émigrés ,mais des « immigrants » ,pour employer l’expression  forte formulé par Gérard Noiriel .

C’est le refoulement de l’histoire de  l’immigration algérienne  qui est alimente les débats, au contraire l’espace est constamment posé comme un principe unique d’explication du problème de l’immigration. L’espace ne peut être étudié par les géographes comme une catégorie indépendante puisqu’il n’est justement rien d’autre qu’un des éléments  du système social. Or étudier l’espace ,c’est  prendre en compte l’histoire sociale du temps présent .C’est tout le motif de cette thèse que de montrer l’évolution de la vie sociale  de l’immigration algérienne ,en partant de l’immigré isolé et en poursuivant par la féminisation  à partir des années cinquante de l’immigration algérienne. Etude de géographie de la population ,notre thème de recherche est pleinement une contribution de géographie historique.  En ce domaine, on appréciera le point de vue de Robert Marconis [1] qui estime que l’histoire a progressivement repris à la géographie l’étude historique. Cette même carence est dénoncé par Daniel Noin .

Mais en ce domaine la recherche sur l’immigration algérienne accorde encore  une place privilégiée à l’étude du nationalisme politique algérien (histoire du FLN , histoire de L’Etoile Nord Africaine ,opposition MNA / Messali Hadj , ……..) .Il n’y a pas encore d’histoire sociale de l’immigration algérienne , ni d’ailleurs une explication géographique de la distribution spatiale de la population algérienne.  Par exemple cette tendance à faire de la recherche sur l’histoire politique de l’immigration algérienne est perceptible dans l’ouvrage coordonné par Jacques Simon [2] : sur 21 chapitres ,12 sont consacrés à l’histoire du nationalisme, ce qui est  excessif, bien que la nationalisme algérien soit né dans l’immigration algérienne entre les deux guerres .

Il est vrai que l’immigration algérienne est très politisée, même  le groupe de la seconde génération. Pourquoi cette politisation ? ,on l’a souligné dans toute notre recherche ,plus que tout autre immigration étrangère, l’immigration algérienne « colle » à l’histoire de la classe ouvrière française .C’est dans les espaces les plus ouvriers de la banlieue parisienne que s’est implantée l’immigration algérienne. En Seine –saint –Denis ,département où vivent plus de 100 000  Algériens et franco- Algériens ,l’immigration algérienne émerge politiquement dans la plupart des communes .Il y a des conseillers municipaux ,des maires adjoints ,des conseillers généraux ,et on parle de plus en plus de présenter des candidats à la députation.Cette lente dé- marginalisation est parallèle à la montée d’une troisième génération de l’immigration algérienne. Par contre la première génération est de plus en plus âgée ,phénomène qu’ a connu l’immigration italienne dans les années soixante. Les chiffres  montrent que dans le département de Seine –saint –Denis ,la réalité du vieillissement concerne dans le groupe des étrangers avant tout les immigrés algériens .L’age moyen des algériens de la région parisienne est de 43 ans au recensement de 1999. Dans le groupe de ceux âgés de 60 ans et plus ,nous trouvons 19.36 % de la population algérienne ,et seulement 11.28 % des étrangers de Seine –Saint –Denis. Les Marocains sont encore plus jeunes il n’y a que 7.28% de personnes âgés de 60ans et plus ,alors que les Portugais de Seine –Saint –Denis représentent 10.23 de la population âgée de 60 ans et plus .Comment expliquer ce fort vieillissement de l’immigration algérienne ? .L’immigration algérienne est très anciennement implantée dans la banlieue nord de Paris ,de plus cette population algérienne a connu une croissance très rapide de ses effectifs entre 1950 et 1973 ,et stagné par la suite. Pour expliquer la localisation des immigrés algériens , il faut mettre en relief « trois âges » socio-spatiales. Le premier âge se développe en Seine –Saint-Denis seulement dans les  communes d’Aubervilliers et de Saint-Denis.. Le second âge est celui de la prolétarisation et de la féminisation ,il se déroule principalement dans le département de la Seine ,il se caractérise par une grande ouvriérisation et des conditions déplorables de logements. Le troisième âge est celui de l’entrée dans les HLM et de l’émergence de la seconde génération. Peut on parler d’un « quatrième âge » avec le vieillissement de la population algérienne, et le souhait des immigrés algériennes de quitter les grands ensembles ?. En Seine –Saint –Denis, l’immigration algérienne s’assimile. Car la population algérienne est très ancienne dans le département, et elle rentre à vive allure dans le cycle de baisse de la population des nationaux algériens .

Le ralentissement de la croissance de la population algérienne est un phénomène ancien ,ce qui a compromis son  renouvellement démographique( de la population algérienne). Par exemple ,les immigrés natifs du Maghreb  sont 1.3 million ,soit 6 % de plus qu’en 1990. Pourtant cette augmentation est dû pour les trois quarts aux originaires du Maroc. Les Algériens ne viennent plus en France ,mis à part les réfugiés politiques demandeurs de l’asile. Ce ralentissement précoce de la population algérienne en France doit être mis en parallèle avec la faiblesse  de la familiarisation et de la féminisation ( de l’immigration ). La population algérienne présente un double paradoxe :très tôt cette émigration s’est transformée en une immigration de peuplement et cela dès 1950. En ce sens c’est l’immigration algérienne qui a choisi très précocement de vivre en famille en France. Mais ce choix du point de vue historique a été imposé du fait du déracinement, de l’extrême pauvreté et des conséquences de la guerre d’Algérie. Ainsi parce qu’elle a résisté à l’émigration perçue comme un déracinement dans les villages d’origine, elle  s’est peu féminisée et familiarisée. Non l’immigration algérienne n’est pas comme les autres, elle  apparaît davantage comme la conséquence « d’un échange forcé »(René Galissot ) entre deux sociétés .

La recherche sur l’immigration algérienne présente une grande lacune ,elle s’attarde beaucoup trop sur la période  des années cinquante ,au moment de la naissance du FLN ,par contre  l’après- indépendance n’est pratiquement pas exploré ,comme si,  après les Accords D’Evian ,entre 1965 et 1971 la question de l’immigration algérienne n’intéressait plus la recherche ,pourtant les flux en provenance d’Algérie augmentent considérablement à cette époque .

Comment dans ce contexte se met en place les processus de formation de la population algérienne dans le département de Seine –saint –Denis ? .C’est d’ailleurs à partir de 1962 que le département de Seine –saint –Denis se distingue nettement des autres départements en accueillant une massive population algérienne. Jusqu’en 1962, la population algérienne s’implantait à l’ouest de la banlieue parisienne ,dans un axe Paris – département des Hauts –de –Seine. Cette forte implantation des immigrés algériens à l’ouest avait commencé dans les années trente. Il n’y avait pratiquement pas d’immigrés algériens implantés dans l’actuelle Seine –Saint –Denis , à part  dans deux villes ,Aubervilliers et surtout la ville de Saint-Denis qui par sa formidable et précoce  industrialisation avait attiré beaucoup d’immigrés algériens. C’est en 1926 qu’apparaissent les premiers algériens dans les usines de l’actuel département de Seine – saint –Denis. Mais cette implantation reste circonscrite à quelques communes de l’ancien département de la Seine. Le gros des effectifs algériens entre les deux guerres résidait dans la ville de Paris .C’est ce que nos  recherches nomment le « premier age de l’immigration algérienne » .C’est au cours « d’un second âge » à partir de 1947 que les immigrés s’installent en masse en banlieue et commencent à délaisser Paris et la zone ouest de la banlieue parisienne. Il faut noter que l’installation en banlieue des immigrés algériens est concomitante avec l’augmentation de la durée de séjour et le rajeunissement très net de la structure par âge des immigrés algériens .Les immigrés algériens de la banlieue sont beaucoup plus jeunes  que ceux qui résident à Paris .Ce sont ces différences qui expliquent la plus ample prolétarisation de l’immigration algérienne vivant en banlieue ,en particulier à l’est de la banlieue nord .C’est que les ouvriers algériens de l’actuel département de la Seine –saint –Denis sont beaucoup moins qualifiés que leurs compatriotes qui résident et travaillent à l’ouest ,dans l’actuel département des Hauts –de –Seine [3]. Les ouvriers isolés étaient plus âgés ,plus qualifiés que ceux qui vivaient en famille. Comme si la féminisation avec les regroupements familiaux se traduisait par une inéluctable prolétarisation .De ce fait à l’ouest avec l’ouvrier plus qualifié ,on avait une résistance  à la prolétarisation. Il y avait toute une tradition à l’Ouest ,autour des communes de Nanterre ,Gennevilliers ,Puteaux ,Boulogne Billancourt de résistance à la condition de prolétaire en ne faisant pas venir les femmes et les enfants ,forme ancienne de l’émigration « sur ordre » des villages kabyles. Car ce sont les arabes ,les nouveaux ouvriers du Bâtiment qui viennent dans les années cinquante et soixante avec femmes et enfants .

La recherche doit apporter des éléments nouveaux sur le fait que rester un ouvrier isolé (zoufri) ,c’est participer à une sorte de distinction sociale ,d’aristocratie ouvrière cultivée  et très nationaliste. Du reste ce sont les ouvriers les plus qualifiés et les plus politisés qui rentrent en Algérie définitivement après l’indépendance de l’Algérie .Cette aristocratie immigrée algérienne ne résidait pas dans le département de Seine –saint –Denis ,sauf  les ouvriers algériens de la commune de Saint –Denis ,qui sont d’ailleurs des originaires de la Grande –Kabylie .

Dés lors il n’est pas étonnant qu’avec l’arrivée des femmes à partir de 1950,et plus encore après 1963 ,la division spatiale de l’espace social distingue une Seine –Saint –Denis avec un fort rapport de féminité et une zone Ouest avec une sur masculinité. Or nous avons vu que cette zone de Paris et de l’ouest parisien connaît un déclin des effectifs à partir de 1962 ,alors qu’elle a rayonné dans la culture immigrée algérienne entre les deux- guerres .

Le motif principal de l’installation en Seine –saint –Denis des immigrés algériens n’est pas seulement la question de l’emploi, mais davantage un contexte global où la forte résidence ouvrière et l’existence de logements populaires exercent une attraction forte .On peut se demander en quoi la culture politique de la banlieue rouge était fort accueillante à l’égard des immigrés algériens ?  , de même l’immigration algérienne  a participé à la culture de classe ouvrière.

On soulignera que cette culture ancienne est un atout important de l’immigration algérienne dans son processus d’insertion politique et culturelle dans le département de Seine –saint –Denis. C’est d’ailleurs l’extrême politisation de l’immigration algérienne ,en particulier de sa jeunesse la moins marginalisée qui pose le problème de la relation entre espace et pouvoir dans cette zone centrale de l’agglomération parisienne où se concentre des richesses et des biens. Déjà Michelle Guillon dans un entretien en décembre 1986 avait noté la très bonne position géographique de l’immigration algérienne au centre de la zone centrale de l’agglomération parisienne .

Mais l’élément fondamental dans cette géographie du pouvoir et de la culture est la très bonne mémoire historique de l’immigration algérienne. Dans une culture du lien social , l’immigration algérienne par sa longue présence en France et en banlieue peut être une population charnière dans un département marqué par le mélange ethnique .Car en fait l’immigration algérienne est déjà perçue comme une émigration du passé et en même temps elle est encore liée aux nouvelles populations étrangères (marocaine et africaine ). Comme on le voit l’immigration algérienne possède des atouts non négligeables dans une culture d’assimilation ,que la société française pose de plus en plus comme une ardente nécessité .

L’immigration algérienne présente des différences avec le reste de la population étrangère, les Algériens résident davantage dans les villes moyennes de moins de 40 000 habitants ,et beaucoup moins dans les grandes villes qui doivent à la construction des grands ensembles l’essentiel de leur croissance démographique. De même plus que les autres étrangers ,ils vivent beaucoup dans les petites villes. Et quand ils vivent dans les grands ensembles ,les Algériens résident dans les quartiers les plus anciens ,en fait les Algériens dans les grands ensembles vivaient et vivent encore davantage que les autres étrangers avec la classe ouvrière française. Les Algériens sont moins présents dans les quartiers dégradés par la prolétarisation des grands ensembles des années quatre -vingt. Les immigrés algériens sont les premiers immigrés à avoir  pu accéder dès le recensement de 1968 aux  parcs sociaux du département de Seine –saint –Denis .En fait en 1975 ,dans les grands ensembles ,il y avait deux populations principales, les immigrés algériens et la populations ouvrière française. C’est dire combien les immigrés algériens se souviennent d’un certain bonheur dans les grands ensembles ,avant le départ des Français. De ce fait on ne peut lier la présence immigrée algérienne à la prolétarisation des parcs sociaux. Au début des année quatre- vingt quand a débuté la crise de l’habitat social avec l’arrivée des populations africaine ,antillaise et marocaines ,les immigrés étaient déjà installés dans les grands ensembles .Donc les immigrés d’Algérie n’ont pas participé à la crise du secteur HLM ,au contraire  ce sont des populations qui subirent le  changement de la composition de la population logée en HLM. En fait la croissance de la population algérienne a  beaucoup stagné ,au moment où décollaient les  immigrations marocaine et africaine .L’immigration algérienne est la plus ancienne des immigrations étrangères du département de Seine –saint –Denis .

En ce sens on peut dire que les Algériens se souviennent très bien de l’ancienne Seine –saint –Denis marquée par l’importance de la classe ouvrière et de son hégémonie politique et culturelle. Les immigrés algériens ont vécu dans l’ancien mode de production capitaliste où le conflit de classe était le principe organisateur de la société .L’immigration algérienne comme la classe ouvrière française a connu la ville du passé où la référence commune était le travail. Les immigrés ont vécu dans les villes de Seine –saint –Denis où la ville était le lieu de la mise en scène du conflit social ,dont « on sait aujourd’hui qu’il a été producteur d’identité » [4].

Dans les villes ségrégées aujourd’hui en quartiers ,les immigrés algériens sont une population vieillissante ,et nostalgiques  du passé. Massivement dans les récits de vie on  constate que la Seine –Saint –Denis d’aujourd’hui est marquée par le racisme et les discriminations. Ils ne reconnaissent plus ce département pluri –ethnique et moins marqué par la classe ouvrière .

Quel est ce contexte géographique où vit une population algérienne vieillissante et  où une troisième génération arrive à l’âge de l’adolescence ?

Qui ne connaît pas en France, l’image de déshérence et d’anomie du département de Seine –saint –Denis ?. Ce département est très densément peuplé  avec plus de 5 854 habitants au km2. La Seine –Saint –Denis n’est pour les urbanistes qu’une « vaste ville » ,avec le drame de son urbanisation l’absence de centres villes dans le département. Comment être étonné d’y trouver plus de 18% de population étrangère quand on sait que la Seine –saint –Denis possède le plus grand parc HLM d’Ile- de –France avec plus de 32% des résidences principales. La Seine –Saint –Denis se singularise par le taux d’emploi le plus faible de la région parisienne ,il est même inférieur à celui des Yvelines ,alors que la fonction résidentielle est normalement plus importante en grande couronne que dans la zone centrale .Les emplois, moins nombreux , sont  moins qualifiés ,les emplois de cadres et des  professions intellectuelles sont moins bien représentés .La Seine –saint –Denis est le département de la région parisienne où la part des foyers non imposés est la plus importante avec 42.4 de non –imposables contre 34.3pour l’Ile –de –France .Un des atouts de la Seine –Saint –Denis est le fort taux d’accroissement naturel de sa population. Le département de Seine –saint –Denis est le plus jeune de la région parisienne .

Certes  le lien social et le tissu humain sont considérés par certains économistes comme le critère essentiel du développement régional. A ce propos le vaste métissage du département pourrait  être un atout non négligeable ,et faire de la Seine –saint –Denis un véritable laboratoire humain. Mais à condition de faire un effort de connaissance sur l’immigration étrangère en Seine –saint –Denis. Les immigrés algériens vivent dans un département qui ne célèbre pas les différences .

La crise du mal vivre a  poussé  les électeurs de la Seine –saint –Denis à donner une place importante au Front National aux élections du 21 Avril 2002 ,malgré un certain tassement du vote extrême par rapport aux élections présidentielles de 1995(diminution en voix du score du FN ) .

Quel est le lien entre « le séisme du 21 avril » et l’immigration algérienne ? . Le score du vote extrême est fortement corrélé avec la géographie de la féminisation de l’immigration algérienne. Là où le rapport de féminité est élevé comme c’est le cas à Aulnay –sous –Bois le vote FN est très élevé .Par contre là où il y a des travailleurs isolés algériens, c’est à dire des travailleurs immigrés ,le vote FN est plus faible .En fait  le rapport de féminité exprime une  ample familiarisation et  la présence de familles algériennes ainsi que d’une  nombreuse jeunesse .

En fait là où il y a des jeunes algériens ,le vote protestataire est élevé .Aubervilliers vote moins FN que la commune d’Aulnay –sous –bois. La vote FN est fortement corrélé avec l’importance numérique du tissu pavillonnaire et l’existence de grands ensembles (cas d’Aulnay –sous –Bois  avec le sud pavillonnaire et le nord de la ville avec par les grands ensembles ). La vieille banlieue industrielle ,plus cosmopolite ,où les Algériens se sont installés dés les années vingt ,vote moins FN  que les nouvelles communes fruit d’une urbanisation récente. En effet le vieux tissu urbain résiste bien au vote extrême ,ce qui  fait dire à Jacques Lévy : « les quartiers à forte présence étrangère sont jugés beaucoup moins dangereux par les résidents que les grands ensembles [5] ». La culture cosmopolite où l’on voit beaucoup de vieux algériens  résiste très bien au vote de protestation comme c’est le cas à Saint –Denis (avec 15 % de vote FN ) .En fait là où il y a des vieux algériens le vote FN est plus faible que la moyenne nationale ,par contre la forte jeunesse de l’immigration dans la région d’Aulnay –sous –Bois augmente le score du FN .

Comme on le voit l’immigration est un problème fondamental des sociétés urbaines quand elle se transforme en un peuplement permanent. Mais il faut se méfier d’un culturalisme excessif ,c’est bel et bien le retour à l’emploi ,comme dans les années soixante qui permettra de gommer les différences de culture. Ayons à l’esprit les remarques pénétrantes des géographes qui se méfient  des idéologies et cultivent le goût du terrain et de l’écoute des populations ,ainsi pour Gérard François Dumont «  les gens veulent vivre et travailler dans leur pays. Ils n’émigrent que sous la contrainte » [6].

Plus que d’autres immigrations, les immigrés algériens ont un rapport très particulier avec la France, ancienne puissance colonisatrice. Les deux pays n’ont pas encore oublié la guerre d’Algérie entre 1954 et 1962. Le travail de deuil est en marche, mais la simple nomination de l’Algérie pose encore problème dans la culture française. Les évènements du stade de France en octobre 2001 où des jeunes algériens ont sifflé la Marseillaise et ont ensuite interrompu le match France –Algérie ont suscité de vives réactions dans l’opinion publique ,choquée de voir des jeunes de la seconde et de la troisième génération manifestaient autant d’hostilités à la France. Pourtant l’assimilation est en marche ,même si elle se fait dans le cadre de la construction d’une culture de banlieue.

L’immigration algérienne est dans le département de Seine –saint –Denis ,la population étrangère la plus nombreuse. Elle est une très ancienne implantation dans  cette banlieue nord de Paris ,où elle « colle » à l’histoire de la classe ouvrière française .En ce sens elle  ressemble davantage à l’immigration italienne  qu’aux autres populations originaires du Maghreb. C’est cela l’originalité du mode de formation de la population algérienne en banlieue nord. Aujourd’hui  l’immigration algérienne est décrit  par François Héran , chercheur à l’Ined  (Le monde du 20 novembre 2002) comme très faiblement structuré en communauté et en réseaux ,contrairement à l’immigration portugaise et asiatique ,elle définit dans ce rapport du Plan par le terme de communauté « atomisée » ,incapable d’établir des structures pour aider ses membres à s’insérer dans la société française .

Tout au long de cette étude ,on a essayé de mettre en avant dans les faits démographiques ,le trait générationnel et le vécu ,pour ne pas dire l’histoire sociale de chaque groupe d’âge. C’est qu’on est attentif à une définition culturelle de la géographie ,pour voir comment l’homme s’arrange avec l’espace. L’humanisme  a été à la base de la création de l’Ecole Française de Géographie ,en ce sens  la nouvelle géographie qui prône le retour de la culture est d’essence classique. Car c’est la géographie la plus classique du terme qui sait saisir le sens et le rapport des hommes aux lieux. L’homme ,l’humain ,la vie sociale dans l’espace ,le peuplement ,le territoire ,il n’y a que la géographie classique qui peut aborder scientifiquement ces thèmes .Le département de Seine –saint –Denis du point de vue d’une géographie existentialiste et classique est le creuset d’une nouvelle civilisation urbaine où l’immigration algérienne  joue un rôle déterminant. Une nouvelle Seine –saint –Denis cherche à naître qui fait de la qualité du tissu humain et de la culture des hommes ,l’outil de base et la référence essentielle du développement durable. Dans cette nouvelle civilisation urbaine ,l’immigration algérienne jouera un rôle essentiel .



[1] Robert Marocnis .Introduction à la géographie humaine , Armand Colin ,1996

[2] Jacques Simon . L’immigration algérienne en France . Des origines à l’indépendance . Ed Paris –Méditerranée ,411 pages ,2000

[3] la population algérienne de la zone ouest de l’agglomération parisienne est plus vieillissante que dans la zone de la banlieue est de Paris ,ainsi 24.3 % des Algériens du département des Hauts –de –Seine sont âgés de 60 ans et plus ,contre 19.36% dans le département de Seine –Saint –Denis ,avec une moyenne de 20.49% dans l’Ile –de –France

[4] page 94 ,Marie Christine Jaillet ,la nouvelle division sociale de l’espace, in La nation ébranlée ,ouvrage dirigé par Jean Viard ,ed l’aube –essai ,1996

[5] Libération ,jeudi 25 avril 2002

[6] Libération lundi 11 mars 2002

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Publié dans histoire urbaine

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