Banlieue, la galère des maires

Publié le par noureddine elkarati

 

A droite comme à gauche, ils dénoncent l’abandon de leurs territoires, et redoutent de nouvelles émeutes. Et pétitionnent dans le JDD.

Il regarde la pancarte sur le fronton de sa mairie, où la peinture s'effrite un peu: "Un tram-train jusqu'à Clichy-Montfermeil". "Il fût un temps où un tram venait la place de l'Opéra jusqu'à Montfermeil, pour emmener les Parisiens en villégiature", se souvient Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil. Il précise: "L'opéra de Paris." Le dernier tram s'est arrêté de circuler en 1938. Triste histoire d’une commune de 27.000 habitants, aujourd'hui enclavée dans le "9-3", à plus d'une heure de transport en commun de la capitale.

Xavier Lemoine est un édile en colère. Comme beaucoup de ses collègues. Certains en ont marre de "jouer les pompiers", vingt-quatre heures sur vingt-quatre. D'autres de voir leurs finances s'assécher, les services publics se désengager de leur territoire, les reléguant encore un peu plus en marge de la République. De craindre que la situation ne "dégénère à tout moment", avec au bout du désespoir, "des violences et de nouvelles émeutes, comme en 2005". Comme à Villiers-sur-Marne, jeudi, où une policière municipale est décédée dans une fusillade. Ce sont ces maires au bord de la crise de nerf, souvent de gauche mais aussi de droute, qui signent dans le JDD l’appel rédigé par Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois, où avaient démarré les émeutes de novembre 2005. Un cri d’alafrme, avant l’installation mardi du nouveau Conseil National des Villes.

"Les banlieues françaises deviennent des ghettos à l'américaine"

"Si le Premier ministre n'annonce rien, ce sera une déclaration de guerre contre les quartiers, s'emporte François Pupponi, maire PS de Sarcelles (Val-d'Oise). Ça va péter, on le sent sur le terrain. Beaucoup de jeunes basculent dans la grande délinquance." Eric Raoult, maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), confirme lui aussi que certains quartiers sont devenus des "supérettes de la toxicomanie". "En perquisitionnant une tour à Tremblay, on a retrouvé 30 kg d'héroïne, un million d'euros et une machine pour compter les billets, comme dans une banque! Il y a une vraie économie souterraine. Les banlieues françaises deviennent des ghettos à l'américaine."

Dans sa commune de "15.000 habitants", où il a "15.000 raisons d'être en colère", Sébastien Pietrasanta, maire PS d'Asnières (Hauts-de-Seine), a vu le commissaire adjoint et le commandant de police "partir, mais sans être remplacés". A quelques encablures du commissariat, pourtant, des bandes concurrentes d'Asnières, de Colombes et de Gennevilliers s'affrontent chaque semaine pour le contrôle de la station de métro des Courtilles. A Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le socialiste Gérard Ségura, lui, ne mettrait "même pas son chien" au commissariat. "Vous attendez des heures, il est moyenâgeux, innommable. On nous a dit qu'on allait rénover, puis plus rien."

"La rue et la cage d'escalier prennent les gamins en main "

A quelques pâtés de maison dudit commissariat, le maire D'Aulnay-sous-Bois est aujourd'hui en train de désamianter une usine, à côté d'une école maternelle. Plusieurs personnes sont mortes, contaminées par l’amiante. "C'est une bombe atomique et nous n'avons pas un rond de l'Etat pour s'en occuper." De l'autre côté de la Nationale 3, Xavier Lemoine dénonce, lui, "les crèches clandestines" dans les immeubles, les "syndicats confessionnels" dans les entreprises, les femmes voilées qui, à l'hôpital de Montfermeil, "refusent de se faire examiner par un homme". Il pointe un problème avant tout d'ordre "culturel": "On en est à apprendre à certaines personnes à ne pas jeter les poubelles par les fenêtres… Ce sont la rue et la cage d'escalier qui prennent les gamins en main." Le maire de Derancy, (Seine-Saint-Denis), le Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde, est tout aussi désabusé. "Ça fait trente ans qu'on a accepté la ségrégation territoriale et sociale dans ces quartiers. C'est suicidaire pour la République. Tout ça parce que certaines communes riches ont refusé de modifier la carte des Zones urbaines sensibles, pour ne pas perdre leur manne!"

Les élus ne s’en prennent pas directement à Fadela Amara et à son plan Espoir Banlieue qui "capote", même s’ils n’ont "rien vu venir". "Elle n'a aucun moyen, tout le monde lui a savonné la planche", dénonce Sébastien Pietrasanta. "Il faut qu'elle soit rattachée au Premier ministre, pour avoir plus de poids", propose Xavier Lemoine. Une proposition également faite hier par l'association Ville et banlieue. Les maires aimeraient "faire des actions en commun, mais on est trop pris par le quotidien", dénonce François Asensi, maire PCF de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). "La nuit, qui va éteindre les incendies? C'est nous", déplore Dilain. Pour le maire Europe Ecologie de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, "les maires sont sur la plage, ils courent et le tsunami, les rattrapent". Lui ne demande qu'une chose pour sa ville: "la normalité

source;jdd.fr

Publié dans histoire urbaine

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